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Krishna Thirapathi : Pour l’amour de la Morris Oxford

Coup de foudre à Vacoas ! Les yeux pétillants, un sourire intarissable, le coeur tambourinant dans sa poitrine, Krishna Thirapathi est presque en extase dès qu’il pose son premier regard sur elle. Un flux de souvenirs secoue l’enfant en lui et insuffle une nouvelle vie à sa passion pour les voitures vintage, surtout la Morris Oxford.

« La première voiture de mon grand-père maternel était une Morris Oxford. Nous étions dans les années 50’. D’ailleurs, il possédait une voiture aux jantes de bois dans les années 30. Une fois, une roue s’est détachée du véhicule. Il a dû couper le moteur et courir pour rattraper la roue », raconte-t-il. Krishna Thirapathi se souvient aussi de la première fois qu’il a croisé une Jaguar XJ-6. « On aurait dit qu’elle venait d’une autre planète. Elle reflétait ‘Grace, Space and Pace’, comme son slogan ». Il se remémore de sa balade dans une Toyta KE30, voiture de rallye modifiée. Il n’avait que 6 ans. Il avait pris place à côté de son cousin Joe. « Le bruit du moteur était comme une musique à mes oreilles. Sa conduite sportive et sa docilité m’ont marqué », ajoute-t-il.

Son adolescence a surtout été marquée par les trajets entre Port-Louis et Goodlands à bord des Austin Cambridge, Wolseley ou Morris Oxford. Elles faisaient office de ‘taxi-train’. « Je passais souvent la place des taxis. J’admirais toutes ces voitures alignées qui attendaient les clients. Chacune avait sa propre personnalité. La Morris Oxford était ma préférée », partage Krishna. Il tient à ajouter que la Morris Oxford occupe une place importante dans l’histoire du transport à Maurice. « Dans les années 60’, les hauts responsables et la police étaient véhiculés dans des Morris Oxford. D’ailleurs, on peut les voir défiler dans les vidéos montrant les images de l’Indépendance en 1968. Elles sont spacieuses, solides, fiables, faciles à réparer et leurs frais de maintenance sont raisonnables », dit-il.

Krishna Thirapathi suivait aussi des cours universitaires en tant qu’auditeur libre en philosophie, histoire, sociologie, histoire de l’art, la communication ou encore la littérature. « J’étais aussi impliqué dans des mouvements de masse. Je suppose que cela a accentué mon amour pour les voitures vintage et les choses anciennes. Cela dit, il ne faut pas que la possession ou l’expérience des choses antiques devient un prétexte pour pallier des déficiences culturelles ou autres dans un monde qui évolue positivement vers le multiculturalisme et le savoir. Je pense surtout au syndrome ‘drom vid fer tapaz’ chez certains. Je citerai Françoise Sagan pour les aider : La culture, c’est comme la confiture. Moins on en a, plus on l’étale », fait-il comprendre.

Quand Krishna Thirapathi est rentré à Maurice après ses études supérieures en France, il a toujours voulu s’offrir une voiture de collection. Mais, d’autres priorités se sont alignées. Il a attendu 20 ans avant de concrétiser ce rêve.

Un jour, il tombe sur une Morris Oxford VI de 1969 chez Sounil Hurnaum, un revendeur de voitures d’occasion et un amoureux de voitures vintage. « Elle avait fière allure, comme un ‘top model’. Je me suis permis de soulever son capot pour contempler son moteur. J’étais en extase ! Elle était trop belle mais chère. Je ne pensais pas pouvoir l’acheter. Puis, j’ai bénéficié d’un rabais et je n’ai pas hésité à sauter sur cette occasion en or », relate Krishna.

En septembre 2012, il échange sa Mercedes contre la Morris Oxford VI de 1969. « Elle fait partie des voitures créées par le célèbre designer Pinin Farina qui a longtemps travaillé avec Ferrari. Après avoir acheté la voiture, je suis allé voir mon mécanicien et je lui ai dit que j’ai fait un trade-off. Il m’a traité d’excentrique. Aujourd’hui, la Morris Oxford vaut deux fois plus que la Mercedes », dit-il.

Il a aussi eu l’opportunité de rencontrer le premier propriétaire de la voiture, Yusuf Karmally. Ce dernier avait commandé la voiture de Grande-Bretagne en 1972. Il l’utilisait ensuite comme taxi à Rose-Hill et ce, pendant 22 ans. « Grâce à cette voiture, il a pu construire sa maison. C’était émouvant », confie notre interlocuteur. Krishna Thirapathi se souvient de la fois quand il a déposé une amie à la place des taxis de Port-Louis, à proximité de la Poste centrale. « Dès que je me suis arrêté, deux personnes ont ouvert la porte et se sont engouffrées dans la voiture. Je leur ai dit : « eoula ! la boutik sa ? Il ont cru que c’était un taxi-train qui se dirigeait vers le Nord », dit-il.

Krishna Thirapathi avoue qu’il n’a pas beaucoup investi dans la voiture, car Hervé Caboche, le précédent propriétaire, avait déjà effectué un travail de restauration. « Cela a dû coûter près de Rs 400 000. Selon les amateurs de voitures classiques à Maurice, c’est le meilleur exemplaire de la Morris Oxford à Maurice », dit-il. Il a quand même procédé à des travaux sur les suspensions et des ‘rubber bushings’, car les pièces s’usent avec le temps. « Je dois me concentrer sur les travaux sur la tôle, le châssis et la peinture. Le moteur est d’origine, mais a été restauré. Il est de 1622 CC et produit 54 chevaux. La voiture a conservé sa couleur d’origine, Trafalgar Blue. Elle date de 16 ans et commence à perdre de sa fraîcheur. Il me faudra un budget de Rs 100 000. Bisin atan gagn inpe kass », indique-t-il. Krishna Thirapathi ne peut se passer de sa Morris Oxford !

Crédit photo : Rarpix Photography

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