NewsVintage

La Mini 1000 de Luqman Nisa servait de meuble dans le garage

En 43 ans, cette Mini 1000 n’a connu que deux propriétaires. Elle était moins présente sur la route. En 2015, une nouvelle vie est insufflée à cette voiture mythique.Luqman Nisa, 29 ans, lui accorde toute son attention. Ce médecin raconte comment il a transformé la Mini 1000 de son oncle en deux ans.

La Mini est une voiture emblématique. Nombreux sont les Mauriciens ayant des souvenirs liés à cette petite anglaise souvent appelée Mr. Bean. Si la Mini de ce personnage britannique affiche plusieurs kilomètres au compteur, celle de la famille Nisa quitte rarement le garage. Et ce, depuis 43 ans !

Les Nisa attribuent une grande valeur sentimentale à leur Mini 1000. «En 1977, la voiture a été achetée par une Mauricienne en Angleterre. Comme elle voyageait souvent, la voiture restait dans le garage à Maurice. 20 ans après, mon chacha (Ndlr : frère de son papa) a eu l’occasion d’acheter la Mini 1000. Il ne détenait pourtant pas de permis de conduire», se souvient Luqman Nisa, résident à Cité Laval, Port-Louis. Il raconte que son oncle a fait ses études en Inde. À son retour, il est employé comme «Animal Health Husbandry» dans un ministère. Aujourd’hui, il a 74 ans et n’a toujours pas de permis de conduire. «Ses collègues empruntaient sa voiture pour aller travailler. La famille avait aussi une Vauxhall Viva. Mais comme mon papa et son frère n’avait pas de permis, ils ne pouvaient la conduire», dit-il.

La Vauxhall Viva se fait vieille. Elle est démantelée et les pièces sont vendues. «J’avais 7 ans à cette époque. Je n’avais pas les connaissances nécessaires pour retaper une voiture», se souvient le Medical Advisor au Century Welfare Association. À l’âge de 10 ans, sa tante l’initie à la conduite. Il s’essaie d’abord au débrayage et à passer les vitesses et rétrograder. Ensuite, il apprend à mettre la voiture en marche. Plus tard, il fera sortir la voiture du garage. L’Anglaise commence à avoir des problèmes électriques et tombe en panne. Elle est laissée au garage. « Elle faisait office de meuble de rangement dans le garage. De vieux objets et des accessoires y étaient conservés », confie Luqman.

À18 ans, il met le cap sur la Chine pour entamer ses études en médecine. La première année, il complète un diplôme en mandarin. Puis, ses études vont durer six ans. Après la cérémonie de remise de diplôme, il rentre à Maurice en 2015. Il souhaite retaper la voiture car il voyait en elle son seul moyen de transport.

Le jeune homme commence par enlever la peinture d’origine qui était blanche. « Je suis un amoureux de l’automobile. Donc je regardais souvent des vidéos consacrées aux voitures et les défis de retaper les voitures. Je me souviens d’une vidéo d’un Youtubber australien. Il travaille sur la transformation de plusieurs modèles de voitures dont une Mini. Je m’en suis inspirée de sa façon de faire » relate notre interlocuteur.

En premier lieu, il se met à enlever la peinture d’origine, soit blanche. Il continue à se documenter à travers les vidéos disponibles sur internet. Le petit frère de son père, basé en Angleterre, l’aide à procurer des pièces pour la Mini 1000.

D’ailleurs, en 2017, Luqman effectue une première visite en Angleterre. Il se rend à Mini Spares Centre à Potters Bar, dans le nord de Londres. L’usine conçoit des pièces pour les modèles de Mini. Il rencontre d’abord le caissier. «Il était agréablement surpris de voir un Mauricien parcourir tout ce chemin pour se procurer des pièces de la Mini. Il m’a fait rencontrer le directeur. Ce dernier m’a alors fourni des informations sur les différentes pièces qu’il me faudra avoir. Il m’a dit que la Mini 1000 de 1977 était un modèle MK III. Il m’a aussi remis un catalogue. Il m’a indiqué que certaines pièces de la voiture portent le sigle JCW (John Cooper Works) (Ndlr : la branche sportive de Mini) » dit-il. Puis, il passera quelques temps en Angleterre en 2018-2019.

Les suspensions sont refaites. Il se procure d’une paire de poignées à Rs 12 000. Il achète aussi la grille, des « bullet mirrors » (rétroviseurs extérieurs), bras et lame essuie-glace et le système sonore (la voiture comprend une douzaine de haut-parleurs) entre autres. «Les quatre jantes incluant les frais de dédouanement ont coûté Rs 38 000. Comme le pneu de 10 pouces pour la Mini, n’existe plus, je devais utiliser des pneus de 13 pouces. Pour cela, il fallait découper une partie de l’arc se trouvant sur la carrosserie pour accommoder les pneus. Le directeur de Mini Spares Centre m’avait remis une carte pour tracer les contours pour éviter que la roue ne frotte contre la carrosserie», dit-il.

Il opte pour « Candy Apple Red » pour peindre la carrosserie. Il se souvient de son voyage en Angleterre. Lors d’un passage à Brighton, il rencontre le propriétaire d’une Mini arborant cette couleur. « Il a gentiment accepté de me donner le code et l’appellation exacte de la couleur. La finition « candy » est complexe. Pas moins de six couches de peinture sont nécessaires pour avoir l’effet voulu » dit-il. Le toit est d’une blanche « Pearl » et arbore un autocollant de « Union JacK ».Pour l’intérieur, il a sollicité les services d’un garnisseur à Brisée-Verdière et a opté pour du cuir italien.

Rs 300 000

La transformation de la Mini 1000, dure deux ans et coûte un minimum de Rs 300 000.« Lorsd’une‘MiniMeet’ quelques années de cela, je fais la connaissance d’un propriétaire qui possédait trois Mini. J’avais déjà refait le moteur. Je lui ai demandé quelques conseils sur la carrosserie. Il m’avait dit «si to kontecomyekass to pe mete, to pa pou enjoy loto la». J’ai alors suivi ses conseils et j’ai apprécié chaque instant sur lequel j’ai travaillé sur la voiture», relate-t-il.

Luqman Nisa explique que ses cousins ont appris à conduire dans cette Mini 1000. Elle est aussi utilisée comme carrosse de mariage pour les proches uniquement. “Je la roule rarement, notamment pour des « car meet ». Ceci dit, je m’occupe d’elle régulièrement. Je la mets en marche, je la lave, je la polis” dit-il.

Le jeune homme qui ne pensait qu’avoir que la Mini 1000 comme mode de transport, possède actuellement un scooter, une Harley Davidson Sportster 48, une Toyota Yaris, une Nissan AK 12, une Suzuki Swift.Sa sœur et sa petite-amie conduisent de temps à autres une de ces voitures.« Que davantage de jeunes s’intéressent aux voitures vintage. Cela fera un échange enrichissant entre plusieurs générations lors des ‘car meet’, conclut le médecin.

Photo : Luqman Nisa

Afficher plus

Articles Liés

Bouton retour en haut de la page